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Documentaires interactifs in situ

Et un nouveau rebond dans la discussion entamée suite à la publication par Florent Maurin de sa présentation sur les documentaires interactifs et modèles de narration non linéaires. Un élargissement de la question de l’immersivité des documentaires interactifs non plus par emprunt aux modèles du jeu vidéo mais par déplacement de l’espace narratif dans un espace physique.

Ulrich Fischer (j’aurais l’occasion de reparler d’Ulrich et de Memoways, système de gestion de contenus audiovisuels extrêmement prometteur qu’il a conçu, dans un prochain billet) propose dans les commentaires au billet de Florent Maurin un lien vers une mind map collaborative réalisée à l’occasion d’un atelier sur les applications de médiation urbaine en réalité augmentée. L’intérêt de ce schéma est qu’il constitue une excellente base pour analyser l’intérêt de ce que Gary Hayes qualifie de « situated documentaries » ou « augmented reality documentaries » et Sandra Gaudenzi de « locative interactive documentaries » que je vais baptiser, approximativement, documentaires interactifs in situ. Les documentaires interactifs in situ (re)contextualisent une matière documentaire dans un espace physique, qui peut être un espace géographique, un quartier, la ville… mais plus largement tout espace tri-dimensionnel. Ils proposent une lecture nouvelle de la matière documentaire en déplaçant l’espace narratif dans l’espace physique.

Quel intérêt? Quel potentiel?

Pour Gary Hayes, qui traite des applications en réalité augmentée pour terminaux mobiles connectés (smartphones, tablettes…), trois types d’applications majeures : la pédagogie appliquée plus particulièrement à l’enseignement de l’histoire, le cinéma in situ,  l’information touristique. Gary Hayes donne de nombreux exemples d’applications pour appuyer son propos. En substance : «  the ability to recreate historical events, see the world as it was and live temporarily in the past is now becoming a major force in AR ». En situant et en réinjectant une matière documentaire dans le réel, on propose au visiteur une expérience « vivante », entièrement personnalisée et globale (qui mobilise non plus seulement la vue et l’ouie mais tout le corps dans son rapport à un espace), un potentiel d’immersion qui dans l’enseignement a fait de nombreux adeptes. Gary Hayes cite ainsi les travaux de Karen Schrier et son plaidoyer pour de nouvelles méthodes d’enseignement « injectant de la vie dans le documentaire historique en emmenant les élèves sur les lieux et en augmentant l’environnement physique au travers de jeux de rôles et d’éléments audiovisuels ».

Sandra Gaudenzi, élargit le propos à tout type de dispositif (installation, réalité augmentée…) qui met le visiteur en situation d’interaction avec un espace physique et permet ainsi de documenter de façon inédite sa perception de ce même espace. « For me one of the major contributions of locative media is the shift from authorial space to physical space. A locative narrative is not to be listened, it is to be experienced. This goes beyond the active/passive debate, as it is a different way to conceive what mediation can offer. In the case of locative projects mediation is about adding layers to the felt perception of reality. »  L’exemple sur lequel elle construit son propos Rider Spoke est d’ailleurs intéressant. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un récit documentaire : pas de narration linéaire, pas de point de vue d’auteur (discutable), pas de diffusion… mais d’une invitation à parcourir un espace et à le commenter. Se faisant c’est bel et bien une matière documentaire qui se constitue : à l’espace physique vient s’ajouter une couche narrative composée des perceptions des visiteurs. Cette injection transforme de façon radicale l’expérience pour la donner à épouver. Un puissant ressort pour interroger le réel et le regard que nous portons sur lui.

Quelles applications? Comment?

Workshop Urban Playground : Mind Map

Urban Playground Mind Map à retrouver sur http://www.mindmeister.com/112389251?title=worshop-urban-playground

Je reviens au schéma proposé par Ulrich Fischer. Produit à l’occasion d’un atelier intitulé Urban Playground, il fait, à mon sens, un tour assez exhaustif de la question.

A la question du pourquoi (un dispositif en réalité augmentée pour terminaux mobile dans le contexte de la lecture d’un espace urbain), les participants à l’atelier apportent 5 réponses et autant d’applications possibles  :

 

 

    • Apporter des services pratiques : localisation de services, par exemple.
    • Communiquer : autour d’un événement, par exemple.
    • Éduquer : sensibiliser, apprendre…
    • Divertir : divertissement culturel, jeu.
    • Créer : oeuvres et performances.

Très bien, voilà pour les applications potentielles, dont toutes ne relèvent pas du documentaire, plus intéressant peut-être la question du comment. Les participants à l’atelier couvrent là un très large champ qui va des modèles économiques aux modalités de mise en oeuvre. Et abordent également la question de la narration. Pour la conceptrice que je suis cette « branche » du schéma est particulièrement intéressante car elle liste l’ensemble des questions qui vont se poser, se posent au moment de penser la relation fond / interface.

    • Celle de l’objet (dans le schéma les valeurs qui sous-tendent le dispositif).
    • Celle des composants et structure du récit.
    • Celle des modalités d’interaction.
    • Celle des modalités de et des motivations à la participation.

 

Je ne vais pas ici commenter l’intégralité du schéma qui couvre aussi bien les déterminants économiques, que la matière mise en jeu ou le type de dispositif envisageable. Un excellent support pour quiconque envisagerait la mise en oeuvre de ce type d’application (qu’il s’agisse de la concevoir ou de la financer et la « vendre ») au service d’une démarche documentaire.

Et pour reprendre le parallèle que je faisais dans l’introduction de ce billet, ce que je trouve particulièrement intéressant à explorer dans l’hybridation des formes (jeu vidéo + documentaire, réalité augmentée + documentaire, jeu vidéo + réalité augmentée + documentaire …), qui est à mon sens l’un des apports majeurs des médias interactifs au documentaire, c’est la notion d’immersion dans le récit et les effets qu’elle peut produire et qui concourent au « projet documentaire »: comment « faire entrer » le visiteur dans le récit et l’inciter à « s’y plonger » à le parcourir, quels effets cela produit-il sur la perception qu’il a de la réalité ainsi documentée?

A lire / voir

Gary Hayes, Personalize Media, Transmedia Futures: Situated Documentary via Augmented Reality
Sandra Gaudenzi, i-docs.org, When documentary space becomes a whole city
Mind map « Workshop Urban Playground »

 

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