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Docu-games : l’immersion, ses limites.

Pour rebondir sur une conversation amorcée avec David Dufresne (Prison Valley) sur le blog de Florent Maurin (Primaires au PS) sur ce que les modèles dérivés des jeux vidéos peuvent apporter au genre documentaire, retour sur un article publié sur l’excellent i-docs.org, blog compagnon des i-docs Symposium (Bristol).

Dans cet article, Arnau Gifreu Castells fait un tour d’horizon des débats qui entourent l’émergence du genre docu-game (sous-genre des jeux sérieux ou serious games) à partir en particulier de l’exemple controversé de JFK reloaded, docu game sur l’assassinat de JFK qui entendait examiner la théorie officielle du tireur solitaire en demandant au joueur d’incarner Lee Harvey Oswald et … de tenter d’assassiner le président Kennedy.

Oui, le docu game pourrait être classé dans le genre documentaire dans la mesure où son objectif est comparable : donner à comprendre le réel.

Oui, les modèles dérivés du jeu vidéo peuvent avoir une pertinence en matière de documentaire en ce qu’ils proposent des expériences riches et immersives et permettent une mise en situation (simulée) du joueur. Facteurs qui jouent un rôle positif dans le traitement d’informations et l’acquisition de connaissances. En d’autres termes, l’emprunt au jeu vidéo permet au joueur d’éprouver une recréation du réel et ainsi, peut-être, de mieux comprendre ce qui est en jeu.

A contrario, on peut argumenter que jouer avec la réalité pose des questions éthiques que ne règle pas le contre argument de l’absence d’objectivité du genre documentaire et plus largement de la mise en récit du réel (le documentaire propose quoiqu’il en soit non pas une vue objective du réel mais une vision située et construite sur le réel, le jeu sérieux ne ferait ni plus ni moins).

Pour beaucoup les jeux sérieux et docu games reposent sur la simulation. Une simulation même minutieuse est et reste une simulation, bâtie sur un modèle et des règles écrits par ses concepteurs. On conçoit que modéliser le réel dans toute sa complexité… est complexe. Identifier un modèle, des règles qui permettrait de systématiser le réel est un exercice périlleux, qui requiert une connaissance approfondie du sujet. Est-ce seulement possible? Si oui, n’est-ce pas au prix d’un appauvrissement du réel? Quand ce n’est pas au risque de sa manipulation (sans même aborder la question du goût plus ou moins douteux de certains jeux sérieux qui sous dehors d’information et de pédagogie flirtent dangereusement avec l’infâme).

Ainsi s’agissant de faits historiques (comme dans l’exemple de JFK reloaded), l’intervention du joueur altère ce qui a réellement été et de fait créé une distorsion dans la restitution des faits. « Et alors? » de répondre en substance Joost Raessen, chercheur néerlandais, auteur de Reality Play: Documentary Computer Games Beyond Fact and Fiction (lien corrigé) : y a t’il une Histoire objective? Il n’y a peut-être pas d’Histoire objective mais il y a toujours cette délicate frontière entre réel et fiction ou plus exactement n’y a t’il pas un devoir d’expliciter les moments où le jeu s’affranchit de sa référence au réel (quand bien même ce réel là ne serait qu’une théorie) pour entrer dans le domaine de la fiction (ou de l’uchronie … sur le mode et si…).

Bref, un sujet, un autre qui n’est pas prêt d’être clos (voir à ce sujet également la polémique qui a entouré la sortie aux Etats-Unis de The Darkest Puzzle).

Lire

The docu-game : towards the immersive mode sur i-docs.org

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