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La convergence m'a tuer

Le spectateur : « la convergence m’a tuer »

De retour de Londres où se tenait la semaine dernière l’édition 2012 du Power to the Pixel Forum. Quelques belles découvertes (Metawars de l’anglo-canadien Jeff Norton, Operation Ajax des américains de Boomgen et dans un genre et à un stade différent Ori&Gami des français Jus de prod), des «keynotes» stimulants (Sean Stewart, 4th Wall Studios sur le Storytelling 5è génération, sous-titré The audience strikes back, Ingrid Kopp, Tribeca Film Institute sur créativité, code et impact) et d’inspirantes rencontres.

Dont celle avec Sandra Gaudenzi, initiatrice et animatrice d’i-docs, le site et le symposium consacrés au documentaire interactif, que j’ai enfin eu le privilège et le plaisir de voir dans la vraie vie après l’avoir suivie et croisée sur le web.

Sandra qui fait part sur i-docs.org de ses réflexions post PttP qui a leur tour m’inspirent les réflexions suivantes.

Comme Sandra, j’ai été frappée par la composante factuelle de nombreux projets présentés lors du Forum (études de cas et pitchs). Moins cependant par la prédominance de la fiction dans les projets présentés, que par le mélange des genres : oui les projets présentés étaient majoritairement à ranger dans la case «fiction». Mais une fiction pensée comme un moyen de faire passer un message éducatif, de susciter la réflexion sur des thèmes aussi variés que la résilience face à la maladie (le traitement inspiré de la BD et le projet de roman graphique de The Incredibles), l’histoire comme construction sociale (Operation Ajax), la création comme remède à la violence (Buenaventura mon amour)… voire d’inciter à l’action (à la lecture avec Metawars, à la désobéissance civile avec Everyday Rebellion – qui a remporté le prix Pixel Pitch).

Comme le signale très justement Sandra, tous ces projets comprenaient d’une façon ou d’une autre une dimension «documentaire» (tout du moins factuelle). Comme si le brouillage des frontières entre monde réel et mondes fictifs qu’opère la transmédiatisation s’étendait aux genres, pour donner naissance à de nouvelles formes hybrides entre fiction et documentaire. La convergence s’opére bien au-delà d’une «simple» convergence des «plateformes» (pour ne pas dire media). D’évidence si «le message c’est le medium», il n’est que très logique que la convergence des media ait une incidence sur la forme et la nature du message.

Mais de m’interroger quand même sur le possible lien entre cette tendance – qui, attention, pourrait bien n’être qu’un effet d’optique, résultant des choix éditoriaux de Power to the Pixel – et celle qui était le thème central de la journée de conférences du 16 octobre – à retrouver bientôt sur thepixelreport.org – la nécessaire redéfinition du «spectateur» (voir les notes de Jim Thacker sur le Forum). Et si cette tendance au développement d’un «divertissement intelligent» aux frontières de la fiction et du documentaire était un effet du hiatus entre désir de participation du «spectateur», besoin d’«empowerement» et réalité des modes de participation culturels, sociaux et politiques ? Si le fait de ramener la fiction dans le réel / d’utiliser la fiction pour agir sur le réel était une réponse des créateurs au déficit de «démocratie participative», pourtant tant vantée. C’est certainement aller un peu loin. Pourtant si la création et les créateurs sont un baromètre de l’état de nos sociétés ne serait-il pas logique que l’insatisfaction et la frustration qui s’expriment dans de nombreux mouvements sociaux (tous ne débouchant pas sur une révolution) les «contaminent» ?

Toujours sur le thème du défunt «spectateur» (et de son avatar 2.0 l’interacteur) et de sa participation, une autre réflexion issue de l’observation de l’étonnamment peu bavard hashtag Twitter #PttP (toutes chose étant égales par ailleurs) et qui rejoint un commentaire de Michel Reilhac : et si nous arrivions après l’enthousiasme des débuts à une certaine lassitude de la communication permanente et de ses injonctions à participer. Marre de tweeter en boucle, d’être dans une présence flottante entre l’ici, maintenant et sa représentation sur les réseaux sociaux ? Et si partir du constat du désir de participer du «spectateur» pour chercher à tout prix à le «faire participer» n’était qu’une illusion. Vouloir «faire participer» n’est pas la même chose que penser la façon dont la participation du «spectateur» peut éclairer, élargir le propos de l’auteur. D’accord, je ne suis pas «native» mais «immigrant» (de première génération quand même !), mais quant à moi je déteste que l’on «me fasse participer», je participe si et quand bon me semble en fonction de la façon dont ce qu’on me propose fait écho à mon imaginaire et pour peu bien sûr qu’un espace réel existe qui ne se résume pas à des «calls to action» et autres ficelles.

Et enfin, la convergence est là et bien là, au point que tous nous semblons subir le même tropisme qui donne aux «plateformes» et à leur nombre un ascendant sur le fond. Il en faut trois minimum dit la puissante PGA, dont la TV ajoute le CNC, pour faire une oeuvre transmédia et tous nous y allons de nos plans sur la grosse machine tablette + mobile + PC (+ TV) + monde réel… Presque indifféremment de l’intérêt pour le récit et la relation avec le «spectateur» de l’un ou l’autre écran et de leur conjugaison. Une façon d’expérimenter c’est certain mais comme le demande Sandra Gaudenzi : «Yes we can enter in the blockbuster logic of the 5 years life cycle and feel obliged to create the game, the app, the film, the website, the futuristic killer app but… do we always need it? Is this the best way to use convergence?».

Nous vivons la convergence, quel parti le documentaire peut-il en tirer ?

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